Biscuits de petit-déjeuner sans sucre ajouté ou réduits en sucres : ce que dit vraiment l’étiquette
Deux mentions se ressemblent sur l’emballage et ne garantissent pas la même chose. « Réduit en sucres » impose légalement au moins 30 % de baisse par rapport à un produit similaire, mais laisse le sucre présent dans la recette. « Sans sucres ajoutés » interdit d’ajouter du sucre pendant la fabrication, mais autorise un édulcorant comme le maltitol à condition que l’emballage porte aussi la mention « avec édulcorant(s) ». Un biscuit « sans sucres ajoutés » peut donc afficher 1,4 g de sucres pour 100 g grâce à un édulcorant, quand un biscuit « réduit en sucres » en affiche 16 g.
Nous avons relevé, le 6 août 2026, les fiches nutritionnelles complètes (énergie, glucides, sucres) et le prix de cinq références vendues en France, réparties sur ces deux catégories légales. La seule ligne « sucres » ne suffit pas à les classer : le détail, catégorie par catégorie, avec ce que chaque chiffre couvre et ce qu’il ne couvre pas.
Ce que les deux mentions autorisent, exactement
Le règlement (CE) n° 1924/2006 encadre ces deux allégations séparément, et les confondre fait manquer l’essentiel de ce qu’elles disent :
- « Réduit en » sucres exige trois conditions cumulées : une baisse d’au moins 30 % par rapport à un produit similaire, une valeur énergétique égale ou inférieure à ce produit de référence, et une comparaison établie sur un éventail de denrées de la même catégorie, pas sur un seul concurrent choisi par la marque.
- « Sans sucres ajoutés » interdit l’ajout de mono ou disaccharides et de toute denrée alimentaire utilisée pour ses propriétés édulcorantes (miel ajouté comme ingrédient sucrant, sirop de fruits concentré). Un additif édulcorant réglementé séparément, comme le maltitol, n’entre pas dans cette interdiction : la DGCCRF précise qu’un produit édulcoré peut porter cette allégation, à la condition d’afficher aussi, de façon claire, la mention complémentaire « avec édulcorant(s) ». Si des sucres sont naturellement présents (fruits secs, céréales), l’étiquette doit en plus porter « contient des sucres naturellement présents ».
Bon à savoir : au-delà de 10 % de polyols ajoutés (le maltitol en est un), le règlement (UE) n° 1169/2011, annexe III, impose une mention distincte sur l’emballage : « une consommation excessive peut avoir des effets laxatifs ». Elle ne figure pas toujours en évidence à côté de l’allégation sucre.
« Réduit en sucres » compare l’énergie et la teneur à un éventail de produits similaires, sucre toujours présent. « Sans sucres ajoutés » autorise un édulcorant comme le maltitol, sous réserve d’une mention complémentaire que le rayon n’affiche pas toujours en évidence.

Cinq références, relevées fiche par fiche
Une référence porte la mention « réduit en sucres », quatre portent « sans sucres ajoutés » dont deux sablés d’une même marque artisanale. Voici les valeurs pour 100 g, relevées le 6 août 2026 sur les fiches fabricants et les bases de données produit publiques (détail source par source dans les sections qui suivent) :
| Référence | Catégorie | Sucres | Glucides | Énergie | Édulcorant | Prix au kg |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Gerblé Matin Chocolat | Réduit en sucres | 16 g | 60 g | 440 kcal | aucun | 10,45 € |
| Damhert Low Carb | Sans sucres ajoutés | 0,9 g | 57 g | 449 kcal | maltitol | n.c. |
| Gullon Desayuno Zero | Sans sucres ajoutés | 1,4 g | 65 g | 410 kcal | maltitol | n.c. |
| Vivèna Figues-Noisettes | Sans sucres ajoutés | 8,8 g | 44,9 g | 393 kcal | aucun (fruits secs) | 34,23 € |
| Vivèna Abricot-Amandes | Sans sucres ajoutés | 12,3 g | 42,3 g | 433 kcal | aucun (fruits secs) | 35,38 € |
n.c. : prix non retrouvé de façon fiable pour la France à la date du relevé (Damhert : disponibilité instable chez les revendeurs consultés ; Gullon : aucun prix français fiable trouvé).
Ce tableau contredit la lecture rapide « peu de sucres = produit léger ». Le Damhert, le plus bas en sucres des cinq (0,9 g), est aussi le plus calorique (449 kcal). Le Gullon, deuxième plus bas en sucres (1,4 g), est le plus riche en glucides totaux des cinq (65 g). À l’inverse, les sablés Vivèna, avec 8,8 à 12,3 g de sucres pour 100 g, restent en dessous en glucides totaux. La ligne sucres seule ne classe donc pas ces cinq références par légèreté réelle : elle répond uniquement à la question posée par la recherche « sans sucre ajouté », pas à la question calorique.
Sur les cinq références relevées, la teneur en sucres et la valeur calorique ne varient pas dans le même sens : le produit le plus pauvre en sucres n’est pas le moins calorique.
Réduit en sucres : le Gerblé, avec ses vraies limites
Le Gerblé Matin Chocolat, vendu en boîte de 200 g (4 sachets de 3 biscuits), affiche 16 g de sucres et 440 kcal pour 100 g, relevé sur la base de données produit OpenFoodFacts pour ce code-barres. La marque revendique sur son emballage une réduction par rapport à la moyenne du marché : nous n’avons pas retrouvé, à la date du relevé, de source officielle actuelle qui documente le pourcentage exact et son produit de comparaison au sens de l’article 9 du règlement. Nous rapportons donc les valeurs mesurables plutôt que le pourcentage marketing.
16 g de sucres pour 100 g reste loin du seuil réglementaire de « faible teneur en sucres », fixé à 5 g maximum pour 100 g dans l’annexe du règlement CE 1924/2006. Réduit ne veut pas dire faible : c’est la différence que la mention elle-même ne dit pas.
Notre fiche pour cette référence est en ligne sur le site : Gerblé Biscuits Matin Chocolat, céréales complètes, réduits en sucres, 200 g. Prix relevé hors promotion chez un distributeur généraliste : 2,09 € les 200 g, soit environ 10,45 € le kilo.
Le Gerblé reste, à 16 g de sucres pour 100 g, plus de trois fois au-dessus du seuil réglementaire de « faible teneur en sucres » fixé à 5 g.
Sans sucres ajoutés, par édulcorant : Gullon et Damhert
Deux références descendent sous 1,5 g de sucres pour 100 g en remplaçant le sucre par du maltitol, un polyol édulcorant : le Gullon Desayuno Zero (1,4 g, 216 g le paquet) et le Damhert Low Carb (0,9 g, 200 g le paquet). Sur la liste d’ingrédients du Damhert, le maltitol figure en troisième position, juste après la farine de blé et l’huile de palme : pas une trace en fin de liste, un ingrédient qui pèse dans la formule. Le Gullon le mentionne lui aussi explicitement parmi ses ingrédients principaux.
Le Damhert se trouve, quand il est en stock, en pharmacie en ligne et en magasin diététique : au moment du relevé, plusieurs revendeurs l’affichaient indisponible ou retiré de leur catalogue, une instabilité qui nous empêche de donner un prix fiable pour la France. Le Gullon se trouve en grande distribution (rayon diététique des enseignes Super U notamment) ; nous n’avons pas non plus retrouvé de prix français fiable à la date du relevé. Nous signalons ces deux absences plutôt que d’inventer un chiffre.
Bon à savoir : un maltitol consommé en quantité peut avoir un effet laxatif, une mention que le règlement rend obligatoire au-delà de 10 % de polyols ajoutés (voir l’encart plus haut). Elle figure dans les mentions légales du produit, pas nécessairement à côté de l’allégation sucre en face avant.
Gullon et Damhert atteignent une teneur en sucres sous 1,5 g pour 100 g par le maltitol, un édulcorant qui pèse un poids réel dans la liste d’ingrédients et porte sa propre mise en garde réglementaire.

Sans sucres ajoutés, par les fruits secs : les sablés Vivèna
Les sablés bio Vivèna (figues-noisettes, abricot-amandes), fabriqués artisanalement à Seignosse dans les Landes, atteignent la même mention légale sans passer par un édulcorant : leur douceur vient de la figue ou de l’abricot incorporés à la recette, sans sucre ni édulcorant ajouté au sens du règlement. Leur teneur reste néanmoins la plus élevée des quatre références « sans sucres ajoutés » relevées, 8,8 g et 12,3 g de sucres pour 100 g, tous naturellement présents dans le fruit (le Gerblé, sur l’autre catégorie légale, reste plus élevé encore à 16 g).
Un point que la fiche du fabricant ne détaille pas et que nous ne pouvons pas trancher à sa place : le règlement vise aussi « toute denrée alimentaire utilisée pour ses propriétés édulcorantes », ce qui rapproche la logique d’un fruit sec incorporé pour sucrer de la limite que la règle cherche à couvrir. Nous rapportons ici l’allégation affichée par le fabricant sans certifier sa conformité au sens strict de l’article, une nuance que la lecture rapide de l’emballage ne donne pas.
Vendus 4,45 € et 4,60 € le sachet de 130 g, soit environ 34 à 35 € le kilo, ces sablés se trouvent principalement à la vente directe et chez des épiceries bio partenaires, pas en grande distribution.
Les sablés Vivèna atteignent la mention sans édulcorant, mais restent, sucres naturels compris, les plus riches en sucres parmi les quatre références « sans sucres ajoutés » et les plus chers au kilo parmi les prix relevés.
À qui chaque catégorie s’adresse
| Priorité | Référence adaptée | Ce qu’il faut accepter en échange |
|---|---|---|
| Éviter tout édulcorant | Vivèna (figues-noisettes ou abricot-amandes) ou Gerblé | Vivèna : sucres naturels plus élevés (8,8 à 12,3 g/100g) et prix au kilo le plus haut. Gerblé : 16 g de sucres pour 100 g |
| Sucres au plus bas, tolère un édulcorant | Damhert ou Gullon | Vérifier la mention laxative au-delà de 10 % de polyols, une teneur calorique et en glucides totaux qui reste élevée, et la disponibilité en stock au moment de l’achat |
| Biscuit chocolaté classique, achat courant | Gerblé, en grande distribution | 16 g de sucres pour 100 g, loin du seuil « faible en sucres » à 5 g |
| Achat en grande surface | Gerblé (10,45 €/kg vérifié) ou Gullon (prix non vérifié au relevé) | Damhert et Vivèna se trouvent en circuits spécialisés ou en vente directe |
Comment lire l’étiquette en rayon
- Chercher la ligne « dont sucres » du tableau nutritionnel pour 100 g, puis rapporter ce chiffre à la portion réellement consommée : les portions annoncées varient d’un biscuit à l’autre.
- Repérer « édulcorant » dans la liste d’ingrédients et la mention complémentaire « avec édulcorant(s) » sur l’emballage : c’est elle qui doit accompagner une allégation « sans sucres ajoutés » quand un additif édulcorant est utilisé.
- Vérifier la mention sur l’effet laxatif si l’ingrédient est un polyol (maltitol, sorbitol, xylitol) : elle est obligatoire au-delà de 10 % de polyols ajoutés.
- Regarder aussi les glucides totaux et l’énergie, pas seulement la ligne sucres : ce tableau montre que le produit le plus pauvre en sucres n’est pas nécessairement le moins calorique.
- « Réduit en » et « allégé » suivent la même règle des -30 %, avec en plus une valeur énergétique qui ne doit pas dépasser le produit de référence.
D’autres produits du petit-déjeuner méritent la même lecture attentive. Notre fiche sur la boisson végétale coco Alpro détaille sa propre étiquette.
C’est aussi le cas des amandes décortiquées Sun, une autre option pour varier la collation du matin.
Pour les logos et labels bio qui accompagnent parfois ces allégations, notre article sur les certifications bio explique ce qu’ils garantissent réellement.
Ce qu’il faut retenir
Ce que ce relevé établit, à la date du 6 août 2026 :
- « réduit en sucres » exige légalement au moins 30 % de baisse, une énergie égale ou inférieure, et une comparaison à un éventail de produits, pas seulement un pourcentage affiché par la marque ;
- « sans sucres ajoutés » autorise un édulcorant comme le maltitol, sous réserve de la mention complémentaire « avec édulcorant(s) » ;
- sur les cinq références relevées, la teneur en sucres et la valeur calorique ne varient pas dans le même sens : le Damhert, le plus pauvre en sucres, est aussi le plus calorique, et le Gullon est le plus riche en glucides totaux ;
- le Gerblé, à 16 g de sucres pour 100 g, reste loin du seuil réglementaire de « faible teneur » fixé à 5 g ;
- les sablés Vivèna atteignent la mention sans édulcorant, sucres naturels compris, mais restent les plus riches en sucres parmi les quatre références « sans sucres ajoutés », et les plus chers au kilo parmi les prix relevés.
Ce que ce relevé ne dit pas : il ne compare ni le goût ni la texture des cinq références, et il ne remplace pas un avis médical pour un régime pauvre en sucres prescrit. Il porte sur des fiches nutritionnelles consultées le 6 août 2026, sur des gammes qui évoluent : une reformulation peut changer ces chiffres sans préavis, et le pourcentage de réduction marketing du Gerblé n’a pas pu être vérifié à une source officielle datée.
Le geste utile tient en une ligne : avant d’acheter, comparez la ligne « dont sucres » ET la ligne « glucides » du tableau nutritionnel, pas seulement l’allégation en face avant.
Comment nous travaillons
Les compositions citées ici suivent la nomenclature INCI, où les ingrédients apparaissent par ordre de quantité décroissante. Les certifications mentionnées sont celles qui figurent sur l'emballage du produit. Les prix cités sont ceux relevés à la date indiquée en haut de page, et ils bougent.
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